Rappelons que d’un point de vue réglementaire, les postes de travail en 12 heures sont une modalité dérogatoire d’organisation du travail. Leur mise en place est conditionnée au respect de deux critères :
• Les contraintes de continuité du service public ;
• Un avis du Comité Technique d’Etablissement puis du CHSCT sur le principe de la mise en place de ce mode d’organisation.
Face à de nombreux week-ends de travail, à des plannings déséquilibrés, à des repos aléatoires imposés, à des congés annulés, à un rythme de travail infernal, le travail en 12 heures apparait comme la solution miracle. Venir moins, disposer de temps libre, payer moins de frais de transport ou de garde d’enfants, sont des arguments qui incitent les personnels à accueillir les 12 heures « à bras ouverts » voire même de les réclamer.
Mais la réalité sur le terrain la voilà :
- On vous attire avec une trame de planning alléchante qui n’est plus respectée au bout de quelques mois. Elle pourrait devenir alors un véritable calvaire : week-ends coupés, changements au pied levé, suppressions de vos repos, rappels intempestifs, heures supplémentaires générées…
- En jouant sur votre professionnalisme, on vous contraint à des semaines de travail infernales pour combler les absences des collègues malades ou épuisé.e.s.
- Puis vous êtes contraints de refuser de revenir sur vos repos pour combler. Parce que vous aussi vous êtes épuisé.e.s et méritez votre repos ! Avec un fort sentiment de culpabilité à la clé…
- L’amplitude horaire rend d’autant plus difficile les conditions de travail. Des études scientifiques démontrent une fatigue plus importante, une augmentation des TMS (troubles musculo-squeletiques), une dette de sommeil qui contribue à différents dérèglements hormonaux, des troubles cardiaques. Le travail en 12h impacte directement la santé avec une augmentation accrue des AT, des accidents de trajet.
- Également des risques d’erreur accrus dans les soins (baisse de la concentration), une augmentation des risques psychosociaux (stress, dépression, tension dans les équipes…) et des conflits entre professionnels, parfois même avec les patients ou leur famille. Pour certains agents, il se peut que ce soit plus difficile de supporter ses collègues et de prendre soin de ses patients de manière humaine et empathique pendant 12 h plutôt que pendant 8h… Nait alors un sentiment de « mal travailler », de ne pas être un « bon » professionnel.
- Parce que vous êtes un.e professionnel.le et pour ne pas laisser votre service dans la panade, vous écourtez votre pause déjeuner voir la supprimez. Parce que pour bien travailler il vous faut une relève digne de ce nom.
Une enquête menée par la Médecine du travail a démontré les méfaits du travail en 12h, mais aucune mesure n’est par la suite prise pour autant.
S’installe un déni complet de la direction face aux difficultés rencontrées par les équipes de soin travaillant en 12H. Aucune mesure de prévention des risques n’est mise en place.
On vous promet que les 12h seront mises en place de manière expérimentale mais il est difficilement possible de revenir en arrière. Lorsque vous manifestez vos difficultés pour ce rythme de travail, on vous invite cordialement à changer de service…
Ne vous bercez pas d’illusions, si les directions veulent étendre les 12 heures, c’est pour économiser sur les emplois.
Un service en 12h nécessite moins de personnels.
S’il y avait les effectifs nécessaires pour répondre à la charge de travail, la question des 12 heures ne se poserait même pas !